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Livre de · 50 chapitres

Genèse

Gn 3,9-15
Liturgie · 10ᵉ dim. ordinaire B
AELF · Bible liturgique

Quand l’homme eut mangé du fruit de l’arbre,

9 Le SEIGNEUR Dieu l’appela et lui dit :

« Où es-tu donc ? »

10 Il répondit :

« Je t'ai entendu dans le jardin,

j'ai pris peur parce que je suis nu,

et je me suis caché. »

11 Le Seigneur reprit :

« Qui donc t'a dit que tu étais nu ?

Aurais-tu mangé de l'arbre

dont je t'avais interdit de manger ?

12 L'homme répondit :

« La femme que tu m'as donnée,

c'est elle qui m'a donné du fruit de l'arbre,

et j'en ai mangé. »

13 Le SEIGNEUR Dieu dit à la femme :

« Qu'as-tu fait là ? »

La femme répondit :

« Le serpent m'a trompée,

et j'ai mangé. »

14 Alors le SEIGNEUR Dieu dit au serpent :

« Parce que tu as fait cela,

tu seras maudit parmi tous les animaux,

et toutes les bêtes des champs.

Tu ramperas sur le ventre et tu mangeras de la poussière

tous les jours de ta vie.

15 Je mettrai une hostilité entre toi et la femme,

entre ta descendance et sa descendance :

celle-ci te meurtrira la tête,

et toi, tu lui meurtriras le talon. »

Gn 3,9-15
Commentaire

La Connaissance Hors De Portée

On se souvient du récit de la Genèse : Dieu plante un jardin, peuplé d’arbres de toute sorte ; au centre du jardin, l’arbre de la vie, et puis, quelque part, dans ce même jardin, un autre arbre, celui de la connaissance de ce qui rend heureux ou malheureux. Notons-le bien au passage, le texte ne dit pas de manière précise où est ce deuxième arbre.

Dieu confie ce jardin à l’homme pour qu’il le cultive et qu’il le garde ; la consigne est simple : « Tu pourras manger de tous les arbres du jardin, sauf d’un seul, celui-là, précisément, l’arbre de la connaissance de ce qui rend heureux ou malheureux. » Puis Dieu crée la femme ; survient un serpent qui entame la conversation : « Alors, comme cela, Dieu a dit de ne pas manger de tous les arbres du jardin ? »* La femme est bien honnête, elle rectifie le propos : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.” » Elle est bien honnête, oui, et elle croit rectifier le propos, mais, sans le savoir, elle déforme déjà la vérité : le seul fait d’être entrée en conversation avec le serpent a déjà faussé son regard : on pourrait dire désormais que « l’arbre lui cache la forêt ». Maintenant, c’est l’arbre interdit qu’elle voit au milieu du jardin (et non l’arbre de vie). Le serpent peut continuer son petit travail de sape : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. »** (Gn 3,2-5).

Devenir comme des dieux, par un simple geste magique, c’est irrésistible ; et la femme se laisse tenter. Le texte est laconique : « Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. Ils attachèrent les unes aux autres des feuilles de figuier, et ils s’en firent des pagnes. »

Jusqu’ici, leur nudité (traduisez leur fragilité) ne les gênait pas l’un vis à vis de l’autre ; un peu plus haut, on peut lire : « Tous les deux, l’homme et sa femme, étaient nus, et ils n’en éprouvaient aucune honte l’un devant l’autre. » Ils pouvaient être transparents l’un pour l’autre, et l’homme accueillait sa femme nouvellement créée avec émerveillement : « Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair. » (Gn 2,23).  Désormais, ils ont honte l’un en face de l’autre. Finie la transparence.

De la même manière, leur nudité, leur fragilité, ne les gênait pas non plus face à Dieu : ils étaient en confiance. Mais le serpent leur a soi-disant ouvert les yeux en leur susurrant que Dieu n’était pas leur allié, qu’il voulait garder le meilleur pour lui, qu’il les redoutait presque ! Son petit discours insinuait ‘Il a peur que vous deveniez ses égaux !’

En fait, réellement, leurs yeux se sont ouverts, mais leur regard est complètement faussé : désormais, ils vivront dans la peur de Dieu, et c’est pour cela qu’ils se cachent. Mais voilà que Dieu les cherche et les interroge : « Qui donc t’a dit que tu étais nu ? Aurais-tu mangé de l'arbre dont je t'avais interdit de manger ? » Visiblement, le projet de Dieu est contrarié : l’homme n’aurait pas dû prendre conscience de sa nudité-fragilité de cette manière-là : il aurait dû pouvoir vivre sa condition dans la sérénité, et non dans cette peur et cette gêne qui viennent de s’emparer de lui. Aux questions de Dieu, l’homme et la femme répondent en disant la pure vérité, sans rien ajouter, sans rien retrancher : chacun des deux s’est laissé influencer et a désobéi ; l’homme dit : « La femme que tu m'as donnée, c'est elle qui m'a donné du fruit de l'arbre, et j'en ai mangé. » Et la femme ajoute : « Le serpent m'a trompée, et j'ai mangé. » En définitive, tout vient du serpent.

Le Serpent M'A Trompée

On peut en tirer au moins une conclusion : le mal n’est pas dans l’homme ; voilà déjà une affirmation capitale de la Bible. Face à des civilisations pessimistes qui considèrent l’humanité comme foncièrement mauvaise, la Révélation affirme que le mal est extérieur à l’homme. Quand l’humanité s’engage sur des fausses pistes, c’est parce qu’elle a été trompée, séduite. Toute la lutte des prophètes, pendant toute la durée de l’histoire biblique vise justement les innombrables séductions qui menacent l’homme.

Le texte va plus loin ; Dieu dit au serpent : « Parce que tu as fait cela, tu seras maudit parmi tous les animaux. » Ce qui revient à dire que le mal est maudit par Dieu ; la colère de Dieu, dans la Bible, est toujours contre ce qui détruit l’homme. Cela veut dire aussi que le mal est complètement étranger à Dieu : voilà encore une question que nous nous posons souvent : d’où vient le mal ? Est-ce Dieu qui l’a voulu ? La Bible répond deux choses : le mal ne vient pas de Dieu, et nous avons vu, déjà, qu’il ne fait pas non plus partie de la nature de l’homme.

L’homme et la femme avaient raison de vouloir être comme des dieux, et d’ailleurs, Dieu ne le leur reproche pas, puisqu’ils sont faits à sa ressemblance, et que le souffle de Dieu est la respiration de l’homme. Mais ils se sont laissé prendre à la tentation d’assouvir leur désir par eux-mêmes, dans une sorte de geste magique ; et ils n’ont expérimenté que le malheur.

Mais tout n’est pas perdu, et c’est la troisième bonne nouvelle de ce texte : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. » C’est un combat qui est annoncé là ; un combat dont l’issue est déjà certaine. Car c’est au serpent que Dieu s’adresse : il sera atteint à la tête, la femme seulement au talon ; ce qui dit bien, de manière imagée, que l’humanité aura le dessus. Le mal n’aura pas le dernier mot.

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